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Tiers payant dentaire : le passif que vous croyez perdu ne l'est pas

7 min de lecture · Mis à jour en août 2026

Dans la plupart des cabinets et des centres que nous ouvrons, entre 3 et 8 % du chiffre d'affaires stagne dans les comptes clients au titre du tiers payant. Sur une structure à 1 M€, cela représente 30 000 à 80 000 € — de l'argent déjà gagné, déjà soigné, jamais encaissé. Sur un cabinet à 400 000 €, ce sont encore 12 000 à 32 000 €, c'est-à-dire un montant qui compte réellement à l'échelle d'un praticien.

La plupart de ces sommes sont récupérables. Pas toutes, et pas indéfiniment, mais bien plus qu'on ne le croit une fois qu'on a renoncé.

Comment le passif se constitue, sans que personne ne fasse d'erreur

Le passif tiers payant n'est presque jamais le résultat d'une faute. Il est le produit d'une accumulation, et c'est précisément ce qui le rend invisible.

Le mécanisme est toujours le même. Un rejet arrive, souvent pour un motif mineur — un numéro erroné, une date de droits dépassée, un code mal saisi. Il faut l'analyser, corriger et re-soumettre. Cela prend quelques minutes. Multiplié par plusieurs dizaines par mois, et confié à une équipe qui a déjà des patients à accueillir et des agendas à tenir, le traitement glisse d'un jour à l'autre. En centre, il se dilue entre plusieurs personnes sans que personne n'en soit clairement responsable ; en cabinet, il repose sur une seule secrétaire qui n'a matériellement pas le temps.

Au bout de quelques semaines, le dossier est trop ancien pour qu'on s'en souvienne. Au bout de quelques mois, il est classé comme perdu — non par décision, mais par lassitude. Personne n'a pris la mauvaise décision ; c'est l'absence de décision qui coûte.

Le passif n'est pas fait de dossiers refusés. Il est fait de dossiers jamais rouverts.

Vingt-sept mois, et non quelques semaines

C'est la méconnaissance la plus répandue, et la plus coûteuse. Beaucoup d'équipes considèrent qu'un dossier de plus de trois ou six mois est définitivement clos. Dans les faits, la profondeur de récupération va bien au-delà, et il reste possible de travailler des dossiers jusqu'à 27 mois en arrière.

Cela change complètement la nature de l'exercice. Il ne s'agit plus de rattraper le mois écoulé, mais de rouvrir deux ans d'historique — dont une bonne part a été abandonnée à tort. C'est là que se trouvent les montants significatifs.

Trois gisements distincts

Tout le passif ne se ressemble pas, et les traiter de la même façon fait perdre du temps. Nous distinguons trois familles.

  • Les rejets jamais retraités. Le gisement le plus simple : le motif est identifié, la correction est mécanique, la re-soumission fonctionne dans la majorité des cas.
  • Les dossiers fermés à tort. Marqués comme irrécouvrables dans le logiciel alors qu'ils ne l'étaient pas. Ils demandent une réouverture dossier par dossier — c'est le travail le plus fastidieux, et souvent le plus rentable.
  • Les indus mal contestés. Une demande de remboursement de la caisse acceptée sans être examinée, faute de temps ou d'arguments. Une part d'entre elles est contestable, à condition de le faire dans les formes.

Un point mérite d'être souligné : ces trois gisements ne concernent pas seulement la CPAM. Les complémentaires, l'AME, la CMU-C et les dossiers ALD ont chacun leurs motifs de rejet et leurs circuits. Un traitement qui ne couvre que le régime obligatoire laisse la moitié du sujet de côté.

Le vrai coût du tiers payant : le temps de votre équipe

Au-delà des sommes non encaissées, il y a un coût qu'on chiffre rarement. Le tiers payant absorbe environ 30 % du temps d'une équipe administrative dentaire. Un tiers d'un poste, consacré à du back-office qui ne soigne personne et ne fidélise aucun patient. Dans un cabinet où l'équipe administrative se résume à une personne, cela signifie qu'un jour et demi par semaine part dans les rejets — souvent au détriment de l'accueil téléphonique, donc des nouveaux patients.

Ce temps a une valeur d'usage alternative évidente : relancer des devis en attente, rappeler des patients dont le traitement s'est interrompu, tenir un agenda plus serré. Autant d'activités qui génèrent du chiffre d'affaires, là où la gestion des rejets ne fait que récupérer celui qui existe déjà.

Par où commencer, concrètement

Avant toute décision, chiffrez. Une analyse des douze derniers mois suffit à savoir ce qui est réellement en jeu : montant du passif, part récupérable, motifs dominants. Sans ce chiffre, tout arbitrage se fait au doigt mouillé — et l'inaction paraît toujours raisonnable.

Décidez ensuite du périmètre. Tout n'a pas à être externalisé. Certaines structures ne confient que le recouvrement du passif et gardent le flux courant en interne ; d'autres font l'inverse, parce que leur difficulté est la charge quotidienne, pas l'historique. Un centre qui dispose déjà d'un pôle administratif choisit souvent la première option ; un cabinet libéral, dont la contrainte est le temps disponible, bascule plus volontiers sur la seconde. Les deux logiques se défendent, à condition de choisir en connaissance de cause.

Un dernier point, qui bloque souvent inutilement : il n'y a aucune raison de changer de logiciel métier. Les solutions du marché — Desmos, Logos, Veasy, Julie — s'interfacent. Faire dépendre l'assainissement de votre tiers payant d'une migration logicielle, c'est se donner une bonne raison de ne jamais commencer.

À retenir

  • Le passif se constitue par accumulation, pas par erreur : personne ne décide d'abandonner un dossier.
  • La profondeur de récupération atteint 27 mois, bien au-delà de ce que la plupart des équipes croient.
  • Rejets non retraités, dossiers fermés à tort et indus mal contestés appellent trois traitements différents.
  • Le tiers payant consomme environ 30 % du temps administratif — un coût rarement chiffré.
  • Chiffrez le passif avant de décider quoi que ce soit ; sans montant, l'inaction semble toujours raisonnable.

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